3 éléments de réflexion autour de la question catalane : 1. Ce que la Catalogne a décidé

Police espagnole retire urnes 1er octobre

Intervention de Patrick Farbiaz lors du meeting pour la libération des prisonniers politiques catalans du POID, le 1er mars 2018, à la Bellevilloise (Paris)

Chers amis, chers camarades,

Je voudrais d’abord vous dire combien je suis content d’être parmi vous ce soir. Peu de formations politiques française se sont mobilisées en solidarité internationaliste avec la lutte du peuple catalan avant comme après le 1er Octobre. Le POID et ses militant l’ont été. C’est tout à son honneur. Dans l’histoire il y a la rhétorique et l’action politique concrète. Et souvent elles ne coïncident pas. Chez vous oui, soyez en remercié.

Je suis ici en tant que militant politique écologiste, membre d’Ecologie Sociale, mouvement qui rassemble des écologistes en rupture avec l’écologie libérale et participe à l’espace politique de la France Insoumise en toute indépendance politique. L’écologie politique a toujours été partisane du droit inaliénable des peuples à décider de leur avenir, du droit à l’autodétermination, sur tous les continents en Europe comme ailleurs, en Espagne comme en France, en Grande Bretagne ou en Turquie. Ce soir je suis ici pour vous dire trois choses :

1- Le 1er octobre dans les urnes, le 3 octobre par la grève générale, le 27 octobre au parlement Catalan, la majorité du peuple catalan a décidé de son avenir, celle de la République catalane.

Il ne l’a pas fait contre le peuple espagnol mais contre la monarchie et les institutions issues du Pacte de la Moncloa en 1978, qui ont entériné une situation de compromis avec l’Etat profond franquiste. La révolution catalane est une nouvelle expression du rejet de cet Etat, de ce « régime de 78 », de sa politique entièrement vouée aux intérêts de la grande bourgeoisie, par une large fraction de la population, du monde du travail. Ce régime, la royauté constitutionnelle en vigueur actuellement en Espagne, est née en 1978, à la mort de Franco, à l’issue d’une « transition » réalisée par le parti de droite issu du franquisme, main dans la main avec le PSOE, le Parti communiste espagnol et Juan Carlos, le roi désigné par Franco. Ce processus consistait en une restauration de la royauté, qui avait été abolie en 1931, au début de la période révolutionnaire. Alors que la mort de Franco avait suscité l’immense espoir populaire que les comptes seraient réglés avec ces années de dictature, que l’on allait voir renaitre cette république liquidée par Franco, la transition assurait en fait l’impunité des crimes du franquisme, le recyclage de ses cadres politiques dans ce qui deviendra le Parti Populaire, la restauration de la royauté…

Tout comme De Gaulle en France à l’issue de la 2ème guerre mondiale, main dans la main avec la SFIO et le PCF, avait assuré en douceur la « transition » du régime de Pétain à la IVème république en gardant à quelques exceptions près le même appareil d’Etat, la « transition » espagnole de 1978 assurait et assumait aussi, à travers la droite réactionnaire dont l’héritier est aujourd’hui le Parti Populaire, une continuité de l’Etat espagnol, franquisme inclus.

Cette « transition » est en crise depuis plusieurs années. Aujourd’hui profitant de la confusion de la gauche espagnole, de la crise de la sociale démocratie, celui ci ressurgit et veut s’imposer de nouveau comme la prison des peuples d’Espagne. C’est ce qu’a refusé le peuple catalan. Il ne l’a pas fait contrairement à ce qui est dit pour garder ses richesses mais ou pour la bourgeoisie catalane. Il l’a fait parce que depuis 2010, depuis qu’il a cru aux promesses d’extension de l’autonomie démocratique promise par le Parlement Espagnol, toutes ses demandes légitimes ont été rejetées, toutes les lois progressistes votées par le Parlement catalan ont été rejetées par le Tribunal Suprême aux ordres de Rajoy, aux ordres de la monarchie espagnole corrompue jusqu’à l’os. Alors chaque année depuis 2010, le peuple catalan s’est mobilisée avec constance, détermination, unité, dans la non violence face aux provocations constantes du régime. Et le peuple a voté et comme en 2005 en France, comme en Grèce en 2014, le gouvernement Rajoy, soutenu par l’Union Européenne, s’est assis sur le processus démocratique. Pour cette première raison, nous devons refuser le diktat de Madrid et de ses complices les gouvernements de l’Union européenne.

La république catalane n’est pas pour le peuple catalan un mythe. Elle a existé. Depuis des centaines d’années la Généralitat existe La première république catalane a été créé en 1641 par Pau Claris, en 1873. La deuxième république catalane a été créé en 1931 par Francesc Macià et confirmée en 1934 par Lluís Companys.  Le 14 avril 1931, à la suite des élections municipales qui ont donné la majorité à la Gauche républicaine de Catalogne (ERC).Elle s’est toujours heurtée à la monarchie espagnole. Quel est ce «droit » qui prétend nier celui des peuples à disposer d’eux-mêmes, garanti par l’article 1 de la charte des Nations unies ? Se cacher derrière la Constitution espagnole ? Ne reconnaît-elle pas, en 1978, la « nationalité » catalane ? Et depuis le préambule de la loi du 19 juin 2006, la Catalogne n’est-elle pas une « nation » ?

La Catalogne a toujours été le bastion des rebelles, de ceux et celles qui refusent que l’on détruise leur langue, leurs institutions démocratiques locales, qu’on nie leur histoire et leurs conquêtes sociales et politiques. C’est en Catalogne que le mouvement ouvrier a été le plus puissant dans les deux derniers siècles, organisés en masse dans la CNT libertaire, anarchosyndicaliste, luttant contre les staliniens et contre les fascistes. Aujourd’hui, c’est en Catalogne que s’organise les CDR, forme de conseils populaires de quartiers, de villages, d’entreprises.

Ecologie Sociale est pour le Confédéralisme démocratique des peuples. Les frontières dans le monde capitaliste s’élèvent entre les peuples, contre les immigrés, les exilés, qui fuient la misère, la guerre, la faim. Le droit à l’autodétermination peut s’exercer à partir du moment où la majorité du peuple exige le droit à la séparation, à l’autogouvernement, au droit à décider. Comme Francesc Macià, une heure avant la proclamation de la République espagnole, depuis le balcon de l’actuelle Généralité, proclame « la République catalane, dans l’attente que les autres peuples d’Espagne se constituent comme républiques, afin de former la Confédération ibérique », le peuple Kurde au Rojava en Syrie ou en Turquie est partisan d’une forme nouvelle , le confédéralisme démocratique qui permettra à partir du libre choix des peuples de s’auto organiser. Mais aujourd’hui la République catalane, exigée par la jeunesse, les travailleurs, les paysans catalans est la forme de cette autonomie démocratique. Et il faut la soutenir en Catalogne comme dans toute l’Espagne.

 

Par Patrick Farbiaz, activiste, membre du Collectif de Solidarité avec le Peuple Catalan et du CDR Paris

Lire la suite: 2. L’Union européenne et ses dirigeants doivent rendre des comptes

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