Liberté, justice et démocratie. République Catalane.

Article conjoint de tous les prisonnier.e.s politiques et exilé.e.s, à l’occasion de la fête nationale catalane, la diada du 11 septembre. Publié dans le journal Ara, le 9 septembre 2018. Traduction: CDR Paris.

BASSA, A. COMÍN, J. CUIXART, C. FORCADELL, J. FORN, A. GABRIEL, O. JUNQUERAS, C. PONSATÍ, L. PUIG, C. PUIGDEMONT, R. ROMEVA, J. RULL, M. ROVIRA, J. SÀNCHEZ, M. SERRET, J. TURULL.

La scène de la répression prolongée et le souvenir du 1er octobre rendent absolument exceptionnel cet onze septembre. Nous sommes convaincus que, loin de la volonté de ceux qui voudraient que nous abandonnions, mardi prochain, nous vivrons une journée de revendication collective, de dignité et d’estime de soi, unis dans la pluralité, comme nous l’avons toujours fait dans les grandes mobilisations du pays.

Nous prévoyons de remplir à nouveau les rues de Barcelone dans un exercice de détermination pacifique et transversale. Malgré la répression, l’exil et l’emprisonnement, nous sommes conscients qu’il est temps de renforcer le grand consensus du pays et, comme nous l’avons toujours fait, de renforcer le sentiment d’appartenance sans tomber dans la provocation stérile de ceux qui veulent nous affronter et fracturer.

Nous sommes héritiers des combattants antifranquistes et de l’héritage du catalanisme, de la souveraineté et de l’indépendantisme, qui a toujours œuvré pour enrichir l’imaginaire collectif du pays, dès l’empathie et sans demander la renonce de qui que ce soit, ni de leurs origines, ni de leur langue ni de leur identité.

Et c’est grâce à cet effort que nous avions donné une réponse unitaire et exemplaire à la décision d’enlever des droits de « l’Estatut d’Autonomia », ou au «Non à la guerre», à la défense du territoire, à l’appel unanime de «Nous voulons accueillir» et au rejet au terrorisme. Et, d’une manière particulière, face à la violence injustifiée des forces de sécurité de l’État lors du référendum d’autodétermination.

Pour tout cela:

Revendiquons la liberté, car son recul est aujourd’hui très visible à l’État Espagnol. Des milliers de personnes sont victimes de la «loi sur le bâillon» et beaucoup d’autres voient nos droits et libertés sérieusement réduits en raison de mesures politisées et non adaptées à certaines personnes responsables des forces de police, du parquet et des mêmes tribunaux. Nous défendons sans limite la liberté, comme garantie de la cohésion sociale aussi en Europe. La défense des libertés aujourd’hui en Catalogne c’est le faire également à Madrid, Paris, Rome, Berlin, Prague ou Istanbul.

Revendiquons la justice, car il n’y a pas de crime et nous nous battrons pour notre liberté et le retour de toutes les personnes exilées et emprisonnées. Alors que l’Europe l’affirme de manière claire, certains membres de la justice espagnole sont contraints à une croisade incontrôlée, incapable de résister aux systèmes judiciaires de pays tels que l’Allemagne, l’Écosse, la Suisse ou la Belgique. L’absolution est la seule réponse attendue.

Revendiquons la démocratie, car nous avons toujours voulu faire comme l’Écosse et nous voulons également réitérer notre attachement au dialogue, comme nous l’avons toujours fait, un dialogue qui doit être sincère, honnête, ouvert, sans limites, où nous pouvons parler de tout dans le cadre de la coexistence et du respect mutuel. Et, s’il est vrai que nous n’excluons rien tant qu’il est pacifique et démocratique, toute proposition du gouvernement de Pedro Sánchez doit respecter la volonté majoritaire du peuple de Catalogne.

Revendiquons la République catalane, en tant que détermination légitime et démocratique des nombreuses volontés exprimées dans les rues et dans les urnes en faveur des droits et des libertés, qui nous connectent à un monde plus juste, plus sensible et plus tolérant, moderne, plus cultivé, qui fait face aux défis avec la complicité de tous ses concitoyens et se tourne toujours vers l’intransigeance et la violence. Ces droits et libertés dont nous sommes convaincus seront garantis dans une République démocratique et pour tous. Malgré les murs ou les kilomètres de distance, nous vous parlons dès la sérénité et dès la détermination. Nous sommes confiés à l’esprit de dignité et de courage de chaque diada et que chacun d’entre vous nous confie à chaque fois, comme vous l’avez fait depuis que nous sommes entrés en prison ou que nous avons commencé l’exile.

Aujourd’hui, nous réaffirmons une fois de plus, notre engagement à convaincre et à ne pas vaincre, à construire et à ne pas rompre, à parler et non à imposer. Comme l’a dit Pedrolo: « Entre intransigeance et faiblesse, flexibilité ». Sans renoncements qui nous brouilleraient et, dans notre cas, avec l’engagement de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver le moyen de rendre démocratiquement effective la République défendue dignement, pacifiquement et civiquement le 1er octobre.

Avec la tranquillité de savoir que nous faisons tout cela ensemble et que nous ne laisserons jamais personne derrière nous, et que ces deux conditions nous conduiront à la pleine liberté de tous les citoyens de ce pays, nés n’importe où et d’où qu’ils viennent.

La Diagonal [avenue de Barcelone où le rassemblement populaire est prévu à l’occasion de la diada] est une large avenue où tout le monde a la place. Parce que les droits que nous revendiquons nous appartiennent et que la différence est la condition indispensable que nous avons en tant que société pour progresser démocratiquement.

Nous appelons les syndicats, les associations d’employeurs, les collèges professionnels, les entités du troisième secteur et l’ensemble de la société catalane à participer à la défense des droits et libertés universels. Ceux auxquelles nous avons dû gagner dans les rues, défiant le régime de Franco, qui ont fait grandir les quartiers et qui ont contribué au progrès économique et que nous avons revendiqué sans crainte chaque fois qu’une injustice est apparue dans un coin du monde. Aussi chez nous.

Cet onze septembre remplissons Barcelone de liberté, de justice, de démocratie et de république. Merci d’être toujours là et de persévérer. Nous ne nous laisserons pas tomber.

 

Septembre 2018

 

Centre pénitentiaire du Mas d’Enric, Centre pénitentiaire de Puig de les Basses, Centre pénitentiaire de Lledoners, Genève, Bruxelles et Saint Andrews.

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