ICV (Initiative pour la Catalogne les Verts) et Equo (Verdes Equo) ont exercé des pressions à l’encontre de la motion des Verts français, motion qui reconnaît le droit à l’indépendance de la Catalogne

Nicolas Berjoan, l’un des inspirateurs de la motion présentée par les militants catalans du parti et approuvée par Europe Ecologie Les Verts a répondu aux questions de Vilaweb

Arnau Lleonart Fernàndez, 31 mars 2021 (traduction de Dominique)

Europe Ecologie Les Verts (EELV), le principal parti écologiste français, a approuvé ce week end, lors de la tenue de son conseil fédéral, une motion dans laquelle il dénonce la répression espagnole contre la minorité nationale catalane et accepte la création d’une « Catalogne indépendante et républicaine dans l’Union européenne, si telle est la volonté de la majorité des Catalans ». La motion, proposée par des représentants des partis nord-catalan, occitan et basque, constitue une avancée importante dans l’internationalisation du conflit catalan de par la dimension du parti qui l’a adoptée, parti qui a obtenu des résultats en très forte hausse lors des dernières élections qui ont eu lieu dans l’Etat français. Lors des Européennes de 2019, celui-ci avait été la troisième force politique élue, et, lors des municipales de 2019-2020, il avait remporté les mairies de Marseille, Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Tours, Besançon, Poitiers et Annecy. EELV, membre du Parti Vert Européen, est allié à Initiative pour la Catalogne les Verts (ICV) et Equo, partis auxquels il s’est heurté sur le contenu de la motion, comme l’explique Nicolas Berjoan, secrétaire départemental d’EELV Pays catalans, initiateur de la motion.

Suite à l’adoption de la motion , comment la position d’EELV sur l’autodétermination de la Catalogne a-t-elle changé ?

—En fait, la motion n’a rien changé, parce que nous avons toujours été un parti qui défend l’autodétermination des peuples. Nous avions déjà adopté une motion en novembre 2017 qui disait à peu près la même chose sur la Catalogne : nous souhaitons que la répression cesse et que le peuple catalan décide par lui-même de son futur politique. Dans ce sens, rien ne change, mais il nous a semblé que cela valait la peine de le dire de nouveau. C’est pour cela que nous avons rédigé la motion et que nous l’avons adoptée : nous sommes pour l’autodétermination de la Catalogne.

Il y a une différence substantielle entre dénoncer la répression et la dénoncer tout en revendiquant en outre un Etat indépendant

—Nous dénonçons la répression dans le cadre de la construction d’une solution politique qui, pour nous, requiert un scrutin libre du peuple catalan. C’est étroitement lié : non seulement nous rejetons la répression, évidemment, mais nous reconnaissons également le droit des peuples de décider de leur futur politique, comme le stipule la charte des Nations unies.

Il est très inhabituel, actuellement, de voir des partis politiques européens assumer ce positionnement, mis à part ceux qui affichent leurs propres luttes nationales

—Nous sommes à part dans l’environnement politique français ; nous, les écologistes, nous avons toujours maintenu de très bonnes relations avec tous les partis nationalitaires de France. Nous reconnaissons la légitimité de leurs revendications ; nous sommes un peu en marge du jacobinisme des partis français. A vrai dire, nos euro-députés ont toujours soutenu le mouvement catalan ou, tout au moins, se sont-ils déclarés opposés à la répression ; ils ont toujours demandé une solution politique et démocratique ; en d’autres termes un vote de la Catalogne sur elle-même. Il n’y a pas longtemps, nos euro-députés ont voté contre la levée de l’immunité de Carles Puigdemont, Toni Comín et Clara Ponsatí, ce qui nous a distancié des autres euro-députés de la gauche française. Les socialistes ont voté comme leurs amis espagnols. Nous, nous reconnaissons les minorités et nous les défendrons autant qu’il le faudra, et la Catalogne est une minorité nationale.

C’est une position plus tranchée que celle affichée par d’autres partis Verts, comme ICV ou Equo

—Vous faites bien de le souligner, parce que les gens d’ICV et plus encore ceux d’Equo se sont introduits dans ce débat, chose à laquelle nous ne nous attendions pas. Nous avons eu des discussions au cours desquelles nous avons exprimé nos différences dans ce domaine. Cette motion ne les a pas entièrement satisfaits.

Comment ont-ils fait parvenir leur désaccord

—A l’aide de pressions internes, à travers le Parti Vert Européen

Quels étaient leurs arguments ?

—Leurs arguments étaient les mêmes que ceux que les gens proches de Podem utilisent toujours en parlant de la Catalogne : ils sont d’accord avec tout, mais au bout du compte ils ne veulent pas qu’on dise que la Catalogne est une nation, ni qu’on puisse exprimer la possibilité qu’elle décide toute seule de son destin. Et encore moins que cette décision puisse être celle de l’indépendance. Ils sont anti-indépendantistes. Nous, nous ne nous exprimons pas sur le choix que doit faire la Catalogne, nous disons « La Catalogne doit choisir son destin ».

Comment EELV a-t-il réagi à cette ingérence ?

—Le mot ingérence est peut-être un peu fort. Ils ont voulu participer à ce débat interne et on a très bien vu que notre prise de position ne leur avait pas du tout plu, mais en définitive, ils ne peuvent entraver ce qui se passe à l’intérieur d’un autre parti. Il est vrai également qu’au sein d’EELV il y a des gens qui ont la même position qu’eux, mais il me semble que les gens d’EELV sont plus respectueux et cohérents avec leur fédéralisme que d’autres avec le fédéralisme tactique.

Comment ces tensions entre différents partis Verts au sein du Parti Vert Européen ont-elles été vécues ?

—Je sais que les partis Verts espagnols et catalans – Equo et ICV, qui maintenant change de nom – nous ont demandé de discuter avec eux de cette motion. Les autres partis Verts européens, que je sache, n’ont fait aucun commentaire. En fait, il est très exceptionnel qu’un parti étranger participe à un débat de cette manière.

Je pose la question car, au début de la législature, il y a eu des réticences au sein du Parti Vert Européen pour admettre les euro-députés catalans Carles Puigdemont, Toni Comín et Clara Ponsatí dans le groupe parlementaire l’Alliance Libre européenne (ALE)

—Equo et ICV s’y sont opposé. En définitive, l’argumentaire est toujours le même. Ils disent que le nationalisme catalan est de droite, et tout est dit. J’avais participé à ce débat parce que nous, les fédéralistes d’EELV, avions demandé qu’on fasse de la place pour les trois euro-députés et on nous avait expliqué qu’il y avait de nombreuses réticences de leur part, et également de la part des Belges, à cause d’un éventuel rapprochement de Puigdemont et des Flamands. Le principal argument des militants d’Equo et d’ICV est néanmoins que ces euro-députés catalans sont des gens peu fréquentables avec lesquels on ne doit pas parler.

Dans la motion vous mentionnez explicitement l’Union européenne et dites que celle-ci ne peut continuer à détourner le regard. Quel jugement portez-vous sur le rôle de cette dernière au cours des dernières années ?

—Très décevant. Nous sommes fédéralistes, nous sommes pour une fédération européenne, et le pouvoir européen se doit d’agir dans le cadre de ses frontières et ne pas dire que ce sont des affaires internes. Avoir participé à la résolution du conflit aurait été une très bonne chose et cela n’aurait pas voulu dire « Indépendance pour la Catalogne ».

Vous semble-t-il plausible que la France puisse, dans un avenir plus ou moins proche, soutenir un accord négocié ?

—Nous disons, comme toujours, ce que nous avons à dire. C’est la même chose dans le domaine de l’environnement. Mais ce que nous pourrions faire sur l’échiquier politique français est différent. Il faudrait tout d’abord que nous soyons au pouvoir, ce qui n’est pas encore le cas. Je suis sûr que nos prises de position réitérées sur ce sujet feront changer de cap, ainsi que nous l’avons fait sur la question de l’environnement. Au final, la vérité finit par s’imposer. Lors des élections catalanes de février nous l’avons bien vu. Nous jouons notre rôle mais je ne peux vous assurer que nous pourrons faire beaucoup plus. En Catalogne, les gens qui veulent que la question catalane puisse se résoudre démocratiquement doivent faire un énorme travail pour expliquer la situation et pour convaincre. Nous l’avons vu au sein de notre parti, il y a beaucoup de gens qui l’ignorent, qui ne connaissent que les discours officiels et ont beaucoup de préjugés, mais peut être que cette attitude se dissipera peu à peu si nous continuons à dire la vérité d’une manière cohérente, claire et sans agressivité. Si l’Etat espagnol offre une solution fédérale à la population catalane, j’ignore comment celle-ci réagira ; la question est que cette dernière puisse s’exprimer.

Pensez-vous qu’avec le temps le conflit catalan est maintenant davantage connu et compris, en particulier par les autres partis ?

—Nous avons de la chance parce que nous sommes encore libres et que nous avons cette préoccupation de défendre les minorités, cela est dans notre ADN. Le parti socialiste, en revanche, fonctionne de manière plus partisane : les socialistes espagnols leur disent ce qu’ils doivent dire et c’est ce qu’ils font. Etant donné que ce sont des partis de pouvoir, ils ont intégré tout ce qui intéresse le pouvoir. Pour le moment, nous sommes encore trop éloignés du pouvoir. C’est une chance parce que cela nous permet de dire ce que nous pensons. Convaincre des gens impliqués dans les réseaux de pouvoir est un travail encore plus énorme, vous savez bien comment fonctionne la diplomatie.

Peut-être la Catalogne devra-t-elle, elle aussi, jouer ses cartes en tenant compte du fonctionnement de la diplomatie

—Bien entendu. C’est l’une des choses qu’ils nous ont enseigné ces derniers temps. Il faut une diplomatie catalane forte. De nombreux intérêts sont en jeu et les personnes qui se cachent derrière ne veulent même pas en entendre parler, exactement comme pour l’environnement. Nous, nous nous battons chaque jour contre un pont, une route, une autoroute, parce que nous ne pouvons pas faire davantage. Mais par derrière il y a des intérêts très puissants. Regardez bien, les propositions politiques écologiques existent depuis près de cinquante ans, et maintenant elles commencent à être crédibles parce que la situation est critique. C’est ce qui se passera pour la Catalogne si le processus continue pendant suffisamment longtemps.

Quel est l’effet sur les Catalans du nord d’une plus grande visibilité de la catalanité ?

—C’est difficile à dire, nous vivons une situation proche de celle du Pays valencien. Il y a une vague migratoire qui fait que beaucoup de gens qui vivent ici ne se sentent pas tellement Catalans. Comme le sujet ne préoccupe pas énormément les moyens de communication locaux ni la politique, on ne peut pas dire que cela ait eu un effet de masse. Cependant, au point d’orgue de la crise, une compréhension un peu plus grande de ce qui se passait en Catalogne s’est dégagée, avec plus de solidarité, tant sur la revendication pour un référendum d’autodétermination que contre la répression.

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