Cas insolite : un Guardia Civil (policier espagnol) poursuit un catalan qui s’était indigné à Paris

Article de Arnau Lleonart Fernàndez publié dans le journal en ligne VilaWeb le 6 juin 2022 (photos : ACN)


Francesc Xavier Torta, originaire de La Ràpita et résidant à Paris, ira témoigner demain par vidéoconférence, accusé d’incitation à la haine – L’officier qui l’accuse est le même que celui qui avait accusé l’enseignante à la retraite Mariona Reig.
 
Beaucoup d’actions de la police espagnole visant à empêcher le référendum du premier octobre 2017 n’étaient pas particulièrement mues par la volonté de contrecarrer le vote du plus grand nombre possible de catalans. Beaucoup de villes moyennes ou grandes ont échappé aux opérations de la police et, en revanche, elle s’est acharnée sur des villages de quelques milliers d’habitants voire moins. Dans la plaine de l’Ebre, l’une des régions les moins peuplées de la Catalogne, un convoi de la Guardia civil a chargé à Sant Carles de la Ràpita d’abord, puis à Roquetes, laissant une série d’électeurs blessés. Depuis Paris, Francesc Xavier Torta, originaire de Sant Carles de la Ràpita mais résidant en France depuis 2012, s’est indigné des images qu’il recevait et qui faisaient déjà le tour du monde. A distance, il pensait qu’il pouvait être utile à son peuple en partageant sur les réseaux sociaux tout ce qui se passait, afin que tout le monde puisse en prendre conscience.

« Le téléphone était en ébullition », se souvient-il. Parmi les nombreux messages qu’il a partagés, il a publié le nom et la photographie d’un Guardia Civil en civil qui, comme on peut le voir sur les images de Sant Carles de la Ràpita et de Roquetes, semblait diriger l’opération policière. En raison de ces messages, résultat de l’indignation suscitée par la violence contre des citoyens non armés, X. Torta a fait l’objet d’une enquête pour des crimes présumés de haine, d’insultes, de calomnies et de menaces, dans le cadre d’une affaire impliquant 7 inculpés. Il a posté des messages depuis Paris, mais l’instruction s’est faite au Tribunal de Tortosa. Demain, presque 5 ans après ces messages Facebook, il est cité à comparaître par vidéoconférence depuis le Tribunal de Nanterre.
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« Ce monsieur avait un profil public sur Facebook et des gens le voyant dans les vidéos où il semblait diriger les opérations l’ont identifié ».  « J’ai reçu un message avec une capture d’écran de son profil Facebook et je l’ai partagé en disant ‘ le mercenaire en chef ‘, mais je ne l’ai pas menacé, je ne l’ai pas insulté ou quoi que ce soit », dit-il. Le Guardia Civil qui l’a dénoncé n’est autre que celui qui a poursuivi Mariona Reig, une enseignante à la retraite de Palafrugell qui a également été citée à comparaître devant le tribunal pour un commentaire sur les médias sociaux. Selon Francesc Xavier Torta, le Guardia Civil les accuse d’être responsables de son congé maladie pour dépression nerveuse. Montserrat Vinyets, avocate de Mariona Reig, a déjà exprimé des doutes sur le préjudice moral, physique et psychologique que l’agent dit avoir subi, car les rapports médicaux n’établissent pas une relation claire avec les messages sur les réseaux sociaux.

X.Torta et M.Reig ne se connaissaient pas, mais quand il a compris que le même Guardia Civil qui l’accusait poursuivait aussi une enseignante à la retraite de 70 ans, il l’a contactée sur les réseaux sociaux et lui a envoyé un message de soutien. « Nous avons discuté et sommes devenus amis », dit-il. « Elle m’a dit de ne pas prendre cela à la légère et de chercher un groupe de soutien. » A la suite de quoi, il a contacté le CDR-Paris et l’ANC-France, qui l’ont accompagné pendant le processus judiciaire.

Une affaire qui s’allonge dans le temps

Ce n’est pas la première fois qu’il est cité à comparaître, mais jusqu’à présent, il n’a pas pu le faire. Il a reçu sa première convocation en 2020, alors qu’il était à Sant Carles de la Ràpita avec sa fille pour passer l’été. « D’abord ça m’a plutôt fait rire, une accusation pour un message Facebook me semblait peu vraisemblable », dit-il, mais une amie avocate m’a mis en garde que cela pouvait être plus grave qu’il n’y paraissait. « J’ai commencé à m’inquiéter de ce qui pourrait arriver », dit-il.

Il a alors contacté « Juristes per les Llibertats », qui depuis assurent sa défense. Il a été convoqué le 3 novembre de 2020 mais, comme il était à Paris, ils ont demandé un report de date. Au final, il a été convenu que la comparution se ferait par vidéoconférence depuis le tribunal de Nanterre. Le jour dit, le Tribunal de Tortosa n’a pas su se connecter et l’audience a été à nouveau reportée. Il espère bien que demain le processus judiciaire commence enfin et ne soit plus retardé.

« Je n’ai menacé personne, j’ai simplement diffusé quelques vidéos », dit X.Torta, qui regrette d’avoir été entraîné dans une affaire dont la plainte provient du Guardia Civil qui a dirigé les violences policières contre les électeurs de Sant Carles de la Ràpita et de Roquetes.

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