« La droite espagnole a le franquisme dans son ADN » (Ian Gibson)

Cette traduction libre de l’article de Ian Gibson: « La derecha española tiene el franquismo en el ADN » (El Nacional) a été publié sur le blog Clarté à gauche pour (com)battre la droite et l’extrême droite le 31 mars 2018.

L’historien espagnol, d’origine irlandaise, Ian Gibson : «  C’est terrible. La droite espagnole dit qu’elle n’est pas franquiste mais elle a le franquisme dans les gènes, dans l’ADN ». Gibson en voit la preuve dans le fait que, presque un demi siècle après la mort de Franco, il y a des archives officielles toujours fermées aux chercheurs, comme le rapportent des historiens amis, tel Paul Preston.

Pourtant, pour Gibson, les principaux responsables de cette situation que connaît l’Espagne, ce sont les socialistes, de par leur attitude quand ils gouvernaient. « Quand, précise-t-il, ils ont eu, à partir de 1982, une majorité absolue astronomique, ils ont décidé de « laisser les choses en l’état », ils pensaient que c’était mieux d’attendre. Ils ont été quatorze ans au pouvoir [Gouvernement de Felipe González] et ils n’ont rien fait [1]. Et aujourd’hui, en 2018, Franco est encore au Valle de los Caídos [la Vallée de ceux qui sont tombés pendant la Guerre Civile, en fait des seuls combattants franquistes], sa tombe est couverte de fleurs fraîches tous les matins, payées par les Espagnols ! En tant qu’hispaniste et espagnol naturalisé, j’en éprouve une vraie honte ! »

Gibson estime que les Espagnols ont un clair problème d’identité, à la différence des autres pays européens : « Les Espagnols ne savent pas d’où ils viennent, ils ne savent pas qui ils sont. Les Français savent, eux, d’où ils viennent et qui ils sont. Pareil pour les Anglais. Evidemment j’exagère un peu, mais pas tant que cela »

[1] Note du traducteur : « ils n’ont rien fait »… comprenons bien : rien fait, pendant ces quatorze années, sur le terrain de la récupération de la Mémoire Historique et de la justice rendue aux victimes du franquisme (le socialiste José Luis Zapatero rattrapera quelque peu le coup en faisant voter une loi de la Mémoire Historique, en 2007, sous la pression des « associations pour l’exhumation des fosses des fusillé-es » qui furent cependant très déçues, voire en colère, devant les limitations apportées à la réparation du « préjudice » subi). En revanche ils ont beaucoup fait sur le terrain social et économique :

« « La signature des Pactes de la Moncloa le 25 octobre 1977, puis l’adoption de la loi de juin 1981 visant à réduire la capacité de production et les effectifs de certains secteurs (construction navale, sidérurgie, industrie textile…) constituent les jalons les plus significatifs de cette volonté de modifier le visage économique du pays. Lorsque les socialistes arrivent au pouvoir, ces restructurations n’ont eu toutefois que des effets limités, n’ayant affecté que 6,5 % seulement de la production industrielle et 8,8 % de la population active.

 C’est donc l’équipe conduite par F. González qui aura la lourde tâche de mener à son terme cette politique d’assainissement présentée comme un préalable indispensable à l’acceptation de la candidature espagnole par Bruxelles. Le décret sur la reconversion et la ré-industrialisation adopté en novembre 1983 et devenu loi en 1984 prévoit ainsi, pour ne retenir que les aspects sociaux des mesures instaurées, 63 500 suppressions d’emplois, soit environ 10 % de l’emploi total des onze secteurs visés, ces réductions d’effectifs représentant jusqu’à 20 % des emplois dans la sidérurgie, 40 % dans la construction navale. Parallèlement, les conditions de fonctionnement du marché du travail se trouvent assouplies du fait de l’introduction du travail temporaire à partir de 1984 […]

« En terme de coût social […] les restructurations avaient été particulièrement lourdes : entre 1975 et 1985, le nombre de personnes employées dans la construction navale est passé ainsi de 47 000 à un peu plus de 25 000. La précarisation de l’emploi s’est accentuée en outre durant cette période au nom du travail temporaire encouragé par la flexibilité que l’on instaure et du fait aussi du travail souterrain. » («  L’Espagne et l’Europe communautaire : une vieille histoire de famille ? Du rêve d’union au mariage de raison », Amnis, Revue de civilisation contemporaine Europes/Amériques, par Isabelle Renaudet, 30 juin 2001, http ://journals.openedition.org/amnis/220). » Extrait des notes de Lecture critique de la Constitution espagnole à la lumière de la Catalogne

 

Ian Gibson est connu pour ses biographies d’Antonio Machado, Salvador Dalí, Luis Buñuel et surtout pour ses livres sur Federico García Lorca, pour lesquels il a reçu plusieurs prix comme le Prix James Tait Black Memorial en 1989. Il a également écrit sur la Guerre Civile et la dictature franquiste. Son livre La represión nacionalista de Granada en 1936 y la muerte de Federico García Lorca (La répression nationaliste de Grenade en 1936 et la mort de Federico García Lorca) fut censuré en Espagne sous Franco (note Wikipedia).

 

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